Polyphénols : ce que ces molécules font vraiment
ℹ️ Informations - Cette définition a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical individualisé. Elle ne constitue pas un conseil de supplémentation.
De quoi parle-t-on
Les polyphénols forment un très large ensemble de molécules produites par les plantes. Elles y jouent des rôles de défense et de signalisation, et se comptent en milliers de composés différents [1].
Le mot est donc une catégorie, pas une substance. Dire « je consomme des polyphénols » a à peu près autant de précision que dire « je consomme des protéines » : la question utile porte sur lesquels, dans quel aliment, et sous quelle forme.
Les grandes familles
| Famille | Où on les trouve principalement [1] |
|---|---|
| Flavonoïdes | Thé, cacao, agrumes, oignon, baies, pomme |
| Acides phénoliques | Café, céréales complètes, certains fruits |
| Stilbènes | Raisin, quelques fruits rouges, en quantités faibles |
| Lignanes | Graines de lin, sésame, céréales complètes |
Les flavonoïdes représentent à eux seuls la famille la plus vaste et la plus étudiée [1]. La teneur d'un aliment varie beaucoup selon la variété, la maturité, le mode de conservation et la préparation [1] : deux tasses de thé ne se valent pas nécessairement.
Le point que tout le monde saute : ce qui arrive dans le sang
La plupart des polyphénols alimentaires sont mal absorbés tels quels. Une fraction seulement passe dans la circulation, et elle y arrive transformée : l'intestin et le foie leur ajoutent des groupements chimiques qui modifient la molécule [1].
Le reste poursuit sa route jusqu'au côlon, où le microbiote les découpe en composés plus petits. Ce sont souvent ces métabolites, et non les molécules d'origine, que l'on retrouve ensuite dans le sang et les urines [2].
Deux conséquences en découlent, et elles changent la lecture habituelle.
- La composition d'un aliment ne dit pas ce que le corps en fait. Un tableau de teneurs renseigne sur l'assiette, pas sur la circulation sanguine [1] [2].
- La réponse varie d'une personne à l'autre, notamment parce que les microbiotes diffèrent [2]. Le même aliment ne produit pas les mêmes métabolites chez tout le monde.
Antioxydant : un mot devenu trompeur
L'image d'origine était simple : une molécule qui neutralise un radical libre. Elle est aujourd'hui considérée comme insuffisante pour expliquer ce que l'on observe, notamment parce que les quantités qui atteignent les tissus sont trop faibles pour agir ainsi [2].
L'hypothèse la mieux soutenue est indirecte. Ces composés se comporteraient comme une contrainte légère, à laquelle la cellule répond en activant ses propres systèmes de défense, en particulier la voie qui commande la production des enzymes de protection [3]. Ce n'est plus « un antioxydant avalé », c'est « une défense déclenchée ». La logique est exactement celle de l'hormèse.
Cela explique aussi pourquoi un extrait très dosé ne reproduit pas un aliment : la matrice, la dose et la transformation par le microbiote ne sont pas les mêmes.
Ce que cette notion ne permet pas de faire
- elle ne permet pas d'attribuer un effet de santé à un polyphénol isolé : les données humaines les plus solides portent sur des aliments et des régimes entiers, pas sur des molécules seules [2] ;
- compter des milligrammes de polyphénols n'a pas de sens pratique, puisque l'absorption et la transformation varient selon le composé, l'aliment et la personne [1] [2] ;
- un extrait concentré n'est pas l'équivalent d'un aliment, et aucun ne dispose d'un niveau de preuve permettant d'affirmer qu'il apporte le même bénéfice ;
- si vous suivez un traitement au long cours, un échange avec votre médecin reste la meilleure approche avant d'ajouter un extrait concentré, quel qu'il soit.
Ce qui reste solide, et c'est déjà beaucoup, c'est la direction générale : les régimes riches en végétaux variés sont ceux qui accompagnent les meilleurs résultats de santé sur le long terme. Il n'est jamais trop tard pour aller dans ce sens, et cela commence dans l'assiette plutôt que dans une gélule.
Ce qu'il faut retenir
- les polyphénols sont une catégorie de milliers de molécules végétales, pas une substance [1] ;
- les flavonoïdes en sont la famille la plus vaste et la plus étudiée [1] ;
- l'absorption est faible et les molécules sont transformées avant d'atteindre le sang [1] ;
- le microbiote produit une grande partie des composés réellement présents dans la circulation [2] ;
- l'effet passe probablement par une réponse d'adaptation de la cellule plutôt que par une neutralisation directe [2] [3] ;
- un extrait dosé ne remplace pas un aliment.
Sources scientifiques
- Manach C, Scalbert A, Morand C, Rémésy C, Jiménez L. "Polyphenols: food sources and bioavailability" Am J Clin Nutr 2004;79(5):727-747 (PMID 15113710)
- Del Rio D, Rodriguez-Mateos A, Spencer JPE, Tognolini M, Borges G, Crozier A. "Dietary (poly)phenolics in human health: structures, bioavailability, and evidence of protective effects against chronic diseases" Antioxid Redox Signal 2013;18(14):1818-1892 (PMID 22794138)
- Suzuki T, Yamamoto M. "Molecular basis of the Keap1-Nrf2 system" Free Radic Biol Med 2015;88(Pt B):93-100 (PMID 26117331)
Voir aussi
- Hormèse, le principe de la contrainte modérée qui renforce
- Alimentation et longévité, notre guide complet
- Glycation, une autre notion souvent mal comprise en nutrition
- Notre guide complet de la longévité